Nous étions arrivés à la nuit tombée au restaurant à Marrakech, ce jour-là, avec La famille Leguiel, des gens charmants et accueillants qui habitaient Rabat, arrivés tard car monsieur Leguiel travaillait à l’Ambassade de France et était sorti un peu plus tard du bureau. Sa voiture était la classique « Pijo » que tous les marocains souhaitaient avoir car c’était la voiture increvable des routes et surtout des pistes du Moyen Atlas.(*)
Alors que nous rangions la voiture sur le parking, nous fûmes croisés par un monsieur qui semblait préparer sa mobylette pour quitter les lieux. Il avait du mal à la faire démarrer et rouspétait en arabe à haute voix. Les « Leguiel » parlaient cette langue depuis longtemps.
Une fois entrés dans une salle de restaurant vide car l’heure était plutôt à ranger la vaisselle, nous signalâmes notre présence et le patron surgit de sa cuisine. « Pardon Monsieur, est ce que vous pouvez encore nous servir ? » « Mais oui, prenez place, j’arrive »
Il est vrai que l’arrivée de 6 personnes était une aubaine pour lui car il semblait évident, vu l’état de la pièce que peu de repas avaient été servis ce soir-là.
Il sortit en courant et revint accompagné de notre cycliste dont la mobylette avait retardé le départ. C’était le serveur du restaurant qui, manifestement, était fort mécontent de cette prolongation qu’il ne souhaitait pas. Sa mauvaise humeur resplendissait sur son visage. Il nous apporta la carte et crayon en main, sauta de l’un à l’autre en nous imposant presque son choix.
Ce repas au restaurant fut le plus pénible de ma vie. Collé derrière notre dos, il coupait presque notre pain, retirait l’assiette dès qu’elle lui semblait vide même si ce n’était pas le cas, nous apportait illico le plat suivant avant la fin du premier avec un regard haineux qui nous faisait comprendre que s’il avait pu nous jeter dehors il ne se serait pas gêné de le faire.
Finalement, très agacé, je lui fis la remarque que j’étais désagréablement surpris par son comportement.
Il me fixa droit dans les yeux et me dit à haute voix : « Si ti pas content, la prochaine fois ti arriveras à l’heure ! »
Il n’eût pas de pourboire !


(*) Note
La célèbre voiture Peugeot de Mr Leguiel a une histoire étonnante. Un jour, sur une piste du bled, un caillou creva le réservoir d’essence heureusement à proximité d’un village. Au Maroc il y a une solution à tout. Le petit garagiste du village obtura ce trou avec une pâte faite d’un mélange de terre, d’argile et de chair de datte. Il lui assura que ça ne perdrait plus. Effectivement, ledit réservoir ne posa plus jamais de problème, à tel point que Mr Leguiel n’y pensa plus et m’avoua qu’il avait vendu plus tard sa « Pijot » en oubliant de signaler ce trou du réservoir à l’acheteur.

Peugeot