Nous étions en route pour l’aéroport. Papa allait récupérer sa valise qui avait pris un autre avion que lui. Après plusieurs jours d’errance entre Rabat et Marseille, elle était enfin de retour à Fréjorgues.
Papa avait donné aux douaniers un signalement détaillé du bagage égaré : une valise, pas très grande, verte (il se souvenait surtout de cette couleur peu commune), avec une étiquette portant son nom, son adresse etc.
-Voilà votre valise, monsieur, avec toutes nos excuses…
En marchant vers la voiture, la valise à la main, Papa me fit part de ses réflexions.
-Vois-tu, Isabelle, je me demande comment je me suis souvenu que cette valise était VERTE. Moi qui suis si distrait !
-Papa…
-Ah ! le cerveau humain ! Quelle merveilleuse machine !
Il se lança dans un discours scientifique.
-On pourrait comparer la mémoire à mille petits casiers qui renferment nos souvenirs, quelque part dans notre inconscient. Lorsque nous avons besoin d’un détail, hop ! le casier s’ouvre, et nous nous rappelons ce dont nous avons besoin, comme par enchantement.
-Papa…
-J’ai vu que ma valise était VERTE, crac ! j’ai enfermé cette information. J’ai oublié. Et puis, quand il a fallu, clic ! le tiroir s’est ouvert tout seul. Ah ! le cerveau humain !
Nous avions largement dépassé la voiture. Papa continuait à marcher (pas de tiroir magique lui rappelant où était garé son véhicule), le regard perdu dans le vague.
-PAPA !!!
Cette fois, je criai, pour qu’enfin il daigne m’écouter.
-Il y a quelque chose que tu n’as pas compris, Isabelle ? Je peux te réexpliquer…
-Oh ! Non, Papa ! Je voulais juste te dire… Ta valise, ELLE EST NOIRE !

valise