La première année de médecine a un programme d’anatomie très difficile. Il faut commencer pour apprendre tous les os du corps humain par cœur. Les os du crâne font partie de plus difficiles à retenir. Mais, heureusement pour eux, les étudiants disposent d’os humains qui leur permettent de mieux comprendre ce que les livres décrivent plus ou moins bien. Par contre, autant il est facile de trouver les os des membres, autant il est difficile de se procurer un crâne et de plus en bon état.
   Un des étudiants, dont le papa « bien placé » m’avait été présenté, se lamentait de ne rien comprendre à l’ostéologie crânienne, quand le papa eut l’idée de me solliciter en me demandant d’apporter un crâne venant de France à mon prochain voyage.
   Impossible de refuser, mais je devais prendre mes précautions. Je lui fis valoir qu’un crâne dans mes bagages serait un souci majeur à la douane qui fouillait les bagages à l’arrivée à l’aéroport.
   Jamais la douane marocaine n’autoriserait l’entrée d’un tel colis et la police risquait de me considérer comme suspect.
   Sa réponse fut claire. Il me rassura : « Monsieur le Professeur, je me charge de tout ».
   De retour à Montpellier je me renseignai sur le moyen de trouver un crâne en excellent état, surtout les os du nez difficiles à conserver, et après l’avoir payé à prix d’or, je le rangeai pour mon prochain voyage.
   Il passa la douane à Marseille avec le sourire du douanier qui comprit que j’étais enseignant à la Fac de Médecine de Montpellier et que c’était un outil de travail, mais mon angoisse était grande lorsque l’avion atterrit au Maroc.
   Qu’allait-il se passer ?
   En bout de piste, à l’arrêt, les employés de l’aéroport mirent en place l’échelle contre la porte de l’avion.
   L’hôtesse ouvrit de l’intérieur. J’entendis alors une voix venant du sol demander le Pr Callis.
   L’hôtesse me fit descendre le premier. En bas une Mercédès m’attendait.
   Je montai sur le siège arrière et on m’amena je ne sais où.
   Quelqu’un s’occupa de mon passeport sans que je n’aie à sortir du véhicule.
   Mes bagages suivirent sans problème et la voiture m’amena, moi et mon crâne, à l’hôtel habituel.
   Ainsi entra, sous haute protection policière, ce crâne qui fut remis le lendemain à l’étudiant dont le papa était « bien placé ».
   Personne ne me demanda le prix, il passa ainsi dans mes frais de voyage.
   Et croyez que ce n’était pas donné, à l’époque, un crâne de cette qualité, avec les os du nez en parfait état !

crâne