Les chroniques d'Albert

Histoires vraies

Les histoires absolument véridiques sont classées en deux catégories :

-Les aventures et mésaventures du professeur Albert, racontées par Albert

-Un gaffeur sachant gaffer : authentiques gaffes racontées par la fille d'Albert

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17 mars 2019

Le prix d'un chameau

Je ne sais plus où nous étions au Maroc mais il y avait des chameaux et j’ignore pourquoi nous tenions absolument à monter sur leur dos pour une très courte promenade.
Vous pourriez croire que c’est facile de monter sur un chameau, détrompez-vous, tout dépend. Cela ne dépend absolument pas du chameau mais du simple fait que vous êtes un homme ou une femme. Pendant que je glissais sur le flanc du mien qui ne faisait rien de particulier pour m’empêcher de monter, ma femme et ma fille Isabelle caracolaient déjà chacune le leur et se moquaient de moi. Cela ne m’étonnait pas car j’avais tout vu. C’est très facile de s’installer sur le dos d’un chameau quand vous avez deux ou trois mains aux fesses qui vous poussent vers le haut, des fesses féminines et des mains masculines, vous aviez compris ! Pas besoin d’un dessin. Personne pour m’aider, toute l’équipe avait saisi l’occasion et je devais me débrouiller tout seul.
Ce fut d’ailleurs le même scénario pour redescendre, mais là je fus aidé par mon agilité et n’eus besoin de personne alors que ces dames retombaient maintenant poitrine en avant dans les bras vigoureux qui les attendaient.
Tout ceci peut vous paraître banal et humain sauf que… sauf que le supposé chef s’approcha discrètement de moi et me demanda la main de ma fille en me laissant choisir combien je voulais de chameaux pour l’échange.
Malheureusement pour lui et heureusement pour Isabelle, je n’avais aucune idée du prix d’un chameau et mon opinion était que, s’il y avait des chameaux en ce lieu, ce n‘étaient pas ceux que l’on aurait pu croire.
Si vous voulez monter sur un chameau au Maroc allez-y entre copains et laissez vos femmes à l’hôtel. Pas en ville avec la chéquier.

chameau

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13 mars 2019

La valise

Nous étions en route pour l’aéroport. Papa allait récupérer sa valise qui avait pris un autre avion que lui. Après plusieurs jours d’errance entre Rabat et Marseille, elle était enfin de retour à Fréjorgues.
Papa avait donné aux douaniers un signalement détaillé du bagage égaré : une valise, pas très grande, verte (il se souvenait surtout de cette couleur peu commune), avec une étiquette portant son nom, son adresse etc.
-Voilà votre valise, monsieur, avec toutes nos excuses…
En marchant vers la voiture, la valise à la main, Papa me fit part de ses réflexions.
-Vois-tu, Isabelle, je me demande comment je me suis souvenu que cette valise était VERTE. Moi qui suis si distrait !
-Papa…
-Ah ! le cerveau humain ! Quelle merveilleuse machine !
Il se lança dans un discours scientifique.
-On pourrait comparer la mémoire à mille petits casiers qui renferment nos souvenirs, quelque part dans notre inconscient. Lorsque nous avons besoin d’un détail, hop ! le casier s’ouvre, et nous nous rappelons ce dont nous avons besoin, comme par enchantement.
-Papa…
-J’ai vu que ma valise était VERTE, crac ! j’ai enfermé cette information. J’ai oublié. Et puis, quand il a fallu, clic ! le tiroir s’est ouvert tout seul. Ah ! le cerveau humain !
Nous avions largement dépassé la voiture. Papa continuait à marcher (pas de tiroir magique lui rappelant où était garé son véhicule), le regard perdu dans le vague.
-PAPA !!!
Cette fois, je criai, pour qu’enfin il daigne m’écouter.
-Il y a quelque chose que tu n’as pas compris, Isabelle ? Je peux te réexpliquer…
-Oh ! Non, Papa ! Je voulais juste te dire… Ta valise, ELLE EST NOIRE !

valise

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10 mars 2019

Le douanier corse

L’avion s’était posé à Marseille Marignane, c’était un dimanche en fin d’après-midi. Nous n’étions pas très nombreux à descendre, le vol continuait en effet sur Lyon.
J’avais acheté un tapis marocain que je récupérai dans les bagages de soute. Magnifique, tapis en laine du Moyen Atlas, fabriqué spécialement pour moi par un petit artisan de Rabat.
Les tapis sont taxés à leur entrée en France si leur surface dépasse une certaine valeur. La taxe dépend évidemment du dépassement de surface. Il était bien enroulé et bien ficelé et le marchand m’avait fait une fausse facture et un faux prix pour éviter la taxe à la douane. Il était au courant. Au moment de sortir de la salle où on récupérait les bagages en soute, le seul et unique douanier du dimanche en question me fit signe d’aller dans une sorte de petite salle d’attente toute proche. Je m’y rendis avec mon charriot et je constatai qu’une autre personne attendait. Petit, nerveux, cet homme avait l’air soucieux. Il avait tout plein de valises et de colis.
Quand tout le monde fut parti, le douanier revint vers nous. Il était grand avec de l’embonpoint, presque chauve et malgré son visage jovial et son accent méridional, sa voix avait un ton de sévérité qu’il semblait vouloir faire concilier avec la Loi qu’il était sensé représenter ici et aujourd’hui.
IL partit dans son bureau qui était proche, juste au fond du petit couloir et il appela à haute voix mon compagnon de salle d’attente. La porte du bureau se referma ce qui fait que je ne suis pas en mesure de vous dire ce qui se passa alors.
Soudain, le petit homme revint et fouilla dans ses bagages. Il en tira une cartouche de cigarettes et se précipita dans le bureau d’où il ressortit quelques minutes après pour revenir, dans la salle où j’attendais, reprendre ses bagages et disparaître définitivement.
Mon tour était venu. Le « chef » m’appela dans son bureau. Je laissai mes bagages dans la salle d’attente non sans crainte car j’avais des objets précieux.
Il me demanda de revenir avec mon tapis et la facture. Un large sourire accompagna la lecture qu’il en fit.
« Vous vous foutez de moi, votre tapis est plus grand que ça. Je ne vais pas vous le faire déballer, mais rien qu’à le voir je sais que vous avez un faux certificat et ça peut vous coûter cher ! »
Et il commença à me raconter sa vie, qu’il n’avait pas envie de m’embêter, qu’il était corse, à quelques mois de la retraite et patati et patata…
Je lui fis valoir que j’étais catalan, médecin et qu’à Montpellier l’Amicale des corses et celle des catalans faisaient des sorties communes, des grillades, des fiestas, bref que nous étions faits pour nous entendre.
Alors il prononça une phrase à laquelle je ne m’attendais pas :
« Vous avez vu le monsieur avant vous, c’est un juif, un brave homme, il m’a offert une cartouche de cigarettes »
Je répondis illico : « Ne bougez pas, je reviens »
Je retournai dans la salle d’attente, pris une cartouche de cigarettes achetée pendant le vol et revins en courant dans son bureau.
« Tenez, c’est pour vous ! »
Il ouvrit le tiroir de son bureau instantanément et y glissa ma cartouche à côté de la précédente et le referma rapidement.
« Bon votre tapis à « visto de naz » il ne doit pas dépasser beaucoup de la règle, mais comme il dépasse un peu je vous impose une taxe mais ce sera le minimum, car je suis obligé de marquer le coup »
Et il rédigea sous mes yeux un certificat attestant que j’avais payé la taxe, minime, mais il fallait rester dans le cadre de la loi.
Je m’en sortais à bon compte même en comptant la cartouche de cigarettes. La taxe véridique m’aurait coûté dix fois plus.
J’ai encore en mémoire sa tête de brave homme chargé de faire respecter la loi.
Comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences !

douanier

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06 mars 2019

Problème de clé

   Le dimanche matin à Montpellier, Papa allait chercher les traditionnels gâteaux pour le repas du midi et du pain frais à une boulangerie du centre-ville près du marché de la poste. Il y allait en voiture, la 4 CV Renault d’occasion que mes parents avaient achetée après ma naissance pour m’amener à la crèche. Ce devait être en 1959-1960 environ.
   En ce temps-là, il était possible de stationner partout car peu de gens avaient un véhicule. Il stationna donc sur le petit parking face à la boulangerie en haut de la rue Saint-Guilhem. Il y avait déjà des voitures sur place car un bar–tiercé jouxtait la boulangerie.
   Les achats terminés Papa retourna à sa voiture, la petite boîte avec les gâteaux à la main et le pain sous le bras.
   Il sortit ses clés, constata qu’il avait oublié de fermer la portière, ce qui le surprit, s’installa confortablement en posant ses paquets sur le siège passager.    Comme il avait encore la clé en main, il n’avait plus qu’à l’introduire dans le démarreur. C’est là qu’une grande stupeur l’envahit ! Impossible d’entrer la clé, il y en avait déjà une en place !
   Il inspecta rapidement les lieux, s’aperçut qu’il était assis sur un joli petit coussin alors qu’il n’en avait pas normalement et en se retournant vit un sac posé sur le siège arrière ! Il comprit brutalement qu’il n’était pas dans sa voiture et prit peur. On aurait pu le prendre pour un voleur !
   Il était dans une voiture laissée ouverte clés au volant et il ne lui restait plus qu’à sortir de là le plus rapidement possible. Surtout avant que le propriétaire ne revienne. Il s’éjecta en deux secondes, claqua la portière et eut le geste le plus stupide de sa vie :
   Avec sa propre clé, dans un geste automatique, il referma la portière et il n’imagina que plus tard, une fois de retour à la maison, la tête du propriétaire de cette 4 CV Renault retrouvant sa voiture, portière fermée et clé au volant !

4cv Renault

P.S. "En ce temps-là, il était fréquent qu'une clé de voiture d'une marque donnée puisse ouvrir les portes d'autre véhicules semblables"

 

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03 mars 2019

Un douanier averti en vaut deux

   Je me trouvais ce jour-là dans la salle d’embarcation de l’aéroport de Marseille Marignane. Nous étions fouillés pour vérifier le contenu des bagages à main.

   Ayant trouvé une place pour m’asseoir dans un coin je remarquai que l’un des deux douaniers qui parlait fort molestait un pauvre vieux marocain qui devait avoir plus de 75 ans et qui était accompagné d’un enfant de huit ans environ qui ne lâchait pas sa main. Le couple ressemblait à un grand père avec son petit fils.
   J’étais choqué du comportement narquois du douanier quand il fouillait leurs bagages, comme s’il était certain de découvrir quelque chose d’interdit. J’étais à deux doigts de me lever et d’aller le lui dire lorsque le douanier fit asseoir le vieillard, puis remonter le bas de son pantalon permettant de voir la jambe entourée du mollet au genou d’une bande, semblable à celle que portent ceux qui ont des ulcères de jambe. On aurait dit la jambe d’une momie.
   À ma grande stupeur le douanier commença à dérouler ce bandage tour après tour et je restai bouche bée en voyant apparaître à chaque tour un billet de 1000 francs facilement reconnaissable avec l’’effigie de Richelieu. S’il y avait trente tours il y avait trente billets !
   Sans s’énerver le douanier les compta et, devenu soudain aimable, il proposa à la personne âgée de ressortir dans le hall et d’aller les déposer au guichet d’une banque. Il lui dit qu’il ne pouvait pas les entrer en cachette au Maroc car il risquait gros.
   Il ne lui imposa aucune amande ni taxe, et continua à fouiller superficiellement les bagages à main d’autres passagers avec le sourire.
   Je m’approchai plus tard discrètement de lui, lui expliquai ma réaction spontanée au début puis ma stupéfaction et lui demandai comment il avait compris l’astuce. Il me répondit qu’il n’avait eu rien à comprendre puisque ce marocain avait été dénoncé anonymement et qu’il était donc certain de découvrir le pot aux roses. C’était quand même astucieux. Par contre lorsque l’avion se posa à Casablanca, la personne qui attendait le grand père et l’enfant faisait grise mine !
   J’étais resté proche d’eux dans la file des arrivants pour assister à l’épilogue.
   Enfin, l’argent n’était pas perdu, il était simplement resté à Marseille.

bandage  

billet

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27 février 2019

Histoire de portière

Une histoire très récente racontée par Albert

"Je me sens obligé de vous raconter ce qui m'est arrivé ce lundi matin.
Ça n'arrive qu'à moi dirait Isabelle.
J'étais garé en voiture entre deux platanes à la Promenade, direction puig del mas, avant la rue de la passerelle, assis au volant, moteur arrêté, et je répondais au téléphone en regardant devant moi dans le vague, plongé dans l'échange téléphonique avec Paris. Mon regard était limité dans la direction avant, à travers le pare-brise. Le silence était total car toutes les vitres étaient remontées. Soudain je bondis ! un cliquetis "clac-clac" dans ma portière côté conducteur, bien entendu. Je tourne la tête et je vois une dame bien habillée, la trentaine, enveloppée dans un beau manteau noir, qui retire sa clé de voiture de ma serrure. Elle s'était trompée de voiture mais la clé de la sienne avait quand même activé la fermeture de ma portière. Imaginez sa confusion quand j'ai baissé la vitre pour lui montrer que j'étais au volant. Surprise, elle eut un mouvement de recul, s'est excusée rapidement en deux trois mots et a filé une vingtaine de mètre plus loin dans sa vraie voiture, une Renault gris métallisé toute neuve alors que ma voiture est une VW toute râpée et cabossée. Elle est partie en voiture, a fait demi-tour dans l'avenue et est repassée près de moi dans l'autre sens. J'avais baissé ma vitre et on s'est fait coucou de la main ! "

cle_de_voiture_volee

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24 février 2019

Un drôle de menu

   Il était midi quinze et j’allai déjeuner comme d’habitude au restaurant habituel proche de l’hôtel.
   Le menu comportait le plat du jour et une carte assez sommaire.
   Comme le serveur tardait à venir j’eus le temps de l’explorer en détail.
   Il était simple mais une de ses propositions me laissa perplexe : ce menu proposait en effet « les faux plats »
   J’hésitai avant de commander ce plat mystérieux et je me posai la question de savoir ce que pouvaient être d’éventuels « vrais plats » du moment qu’on m’en proposait des faux.
   Alors j’eus l’audace de poser la question : « Qu’est-ce que c’est, les faux plats ? »
   Le serveur me fixa avec un air dubitatif. Incontestablement il trouvait ma question idiote.
   « Tu ne sais pas ce que c’est, l’if au plat ? »
   Non, je ne le savais pas et je le lui avouai.
  « C’est des œufs de la poule dans la poêle avec de l’huile. »
   C’était évident, comme on peut être bête parfois, il s’agissait d’œufs au plat, c’est simple, non ?
   Phonétiquement c’est une erreur explicable et excusable.
   J’évitai de sourire ou de proposer une correction du menu, les marocains sont parfois susceptibles !

oeuf au plat

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20 février 2019

Les chaussettes de chasse

     Un après-midi, Papa rentra de la chasse, fourbu, courbatu et bredouille, les chaussures crottées, les grosses chaussettes de laine détrempées et boueuses, avec çà et là, des feuilles et des brindilles accrochées. Il posa son fusil et s’assit en soupirant.
     Maman le rappela à l’ordre :
     -ALBERT ! change-toi vite ! nous sommes invités à une collation chez « ces dames ». Mets ton costume, ta cravate, tes socquettes en soie et tes souliers vernis.
     Papa obtempéra et se prépara en un temps record.
     Dans la voiture, il eut droit aux dernières recommandations :
    -Surtout ne croise pas les jambes !
    - ?
    -Parce que ton pantalon remonte et l’on voit tes mollets !
     Elle le fusilla du regard :
    -Et ne raconte pas de blagues, cela ne se fait pas dans la bonne société !
    Une fois arrivés chez les dames en question, après maintes salutations fort distinguées, mes parents se retrouvèrent assis sur des fauteuils Louis XV, devant une tasse de thé bien chaud et un plateau de gâteaux secs. Le petit doigt levé, Albert s’appliquait à feindre de déguster cette boisson anglaise dont il a horreur. Ce qui devait arriver arriva : instinctivement, il croisa les jambes…
    Maman (qui s’en aperçut tout de suite car elle le surveillait)  retint un cri d’horreur. Allait-elle rire, rougir, s’évanouir ?
    Mon cher papa avait chaussé ses souliers vernis. Et il avait bien enfilé ses socquettes en soie … mais PAR-DESSUS ses chaussettes de chasse !!!

chaussette-de-chasse

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17 février 2019

La mendicité au restaurant

   J’avais pris l’habitude de déjeuner à midi dans un petit restaurant « pas cher » proche de l’hôtel qui, si mes souvenirs sont intacts, avait pour nom « Hôtel Royal ».
   Ce restaurant m’était devenu familier et je cherchais si possible à me mettre à la même table, proche d’une fenêtre, ce qui me permettait de regarder au dehors. Ce détail est important car parfois un gamin venait écraser son nez sur la vitre côté extérieur et me regardait manger. Toujours le même, sa maman demandait l’aumône au coin de la rue avec un nourrisson dans les bras Quelqu’un me dit un jour que le bébé n’était qu’un prétexte pour apitoyer les touristes. Parfois l’enfant n’était même pas le sien, mais ce sont des choses entendues que je ne peux confirmer.
Le menu était classique et familial et le serveur très sympathique.
   Parfois un mendiant entrait et faisait le tour des tables sous l’œil bienveillant du propriétaire qui se déplaçait entre le bar et la cuisine.
   Ce jour-là le mendiant était particulièrement délabré. Il vint d’abord vers moi, main tendue, pour recevoir un dirham que je sortis de ma poche.
   Puis il se dirigea vers la table voisine où trois hommes parlaient très fort en faisant de grands gestes et comme j’entendais tout, je savais qu’ils étaient italiens.
   Il s’approcha de chacun d’eux et leur tendit sa main la paume vers le haut. Ils continuèrent leur conversation sans faire attention à sa présence. Comme s’il n’était pas là.
   Alors il se retira et saisit une chaise vide d’une table voisine, il posa cette chaise entre deux des italiens, y posa son pied et remonta le bas de son pantalon. Le bas de sa jambe apparut, enveloppé dans une bande de gaze qu’il déroula lentement.
   Sa jambe apparut alors, peau disparue, chair sanguinolente, laissant apparaître un énorme ulcère variqueux recouvert de pus suintant. Le premier des italiens qui détourna enfin son regard esquissa un geste affolé de recul. Les deux autres finirent par voir ce pus à deux doigts de leur assiette. Ils se levèrent brutalement. Les italiens ne sont pas plus bêtes que les autres, ils sortirent leurs pièces rapidement. Notre mendiant fit un pas en arrière et, en comptant ses pièces, rembobina sa jambe dans la bande de gaze puis sortit du restaurant sous l’œil rieur du serveur qui n’avait rien perdu de la scène.
   C’est de ce restaurant qu’un jour je vis passer sur le trottoir d’en face un homme accompagné de quelqu’un qui agitait une clochette. On m’expliqua plus tard que cette clochette signalait le passage d’un lépreux.

pansement

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